mercredi 23 mai 2018

Au Donbass: une guerre invisible


Ô errant, toi qui pleures les êtres
Qui fréquentent peu leur âme
Et meurent terrassés 
Par un trop-plein d’indifférence !

Errant habillé d’étoiles et de poussière
Quand tout autour de toi meurt sans pudeur ni honte,
Tu espères encore et toujours
Quand il n’y a plus rien à espérer !

Athanase Vantchev de Thracy - Paris, le 19 mai 2018



Après le putsh des néo-nazis de la place Maïden en Ukraine, planifié par les stratèges Us spécialistes des révolutions de couleurs, une guerre d'usure, terrible, et devenue invisible se déroule depuis 4 années aux portes d'une Europe aveuglée par l'allégeance de ses dirigeants à la puissance Otanesque. Une guerre honteuse dont un des buts évidents est de déstabiliser la Russie et de mettre sous le joug la population russophone du Donbass qui oppose une résistance héroïques à une armée fasciste armée, financée et entraînée par l'Occident. Gaël Hadey



Ecolière étudiant chez elle car à Gorlovka
les écoles ont été fermées à cause des bombardements
Photo: Erwan Castel


Les combats dans le Donbass s'intensifient depuis début mai, faisant à nouveau des blessés au quotidien, des morts, détruisant les habitations d'une population qui n'abandonne pas sa terre, qui ne se résigne pas. A nouveau, à Gorlovka, les enfants retournent dans les caves. Une enfance dans une cave. Une enfance volée pour la gloire éphémère des hommes. Une enfance bombardée par une armée fanatisée. Un pays aux mains d'intérêts qui le dépassent. Une enfan t en pleine guerre civile. Une guerre que certains aimeraient exporter.” KarineBechet-Golovko



Le 23 mai 2018

Les opérations militaires ukrainiennes de la nouvelle "Opération des forces conjointes" lancée début mai qui ont enflammé à nouveau la ligne de front du Donbass n'ont pas transgressé le caractère génocidaire des précédentes car une nouvelle fois la population civile du Donbass n'a pas seulement été la victime des bombardements et attaques de Kiev mais aussi sa principale cible.

Ainsi depuis le début du mois de mais ce ne sont pas moins de 20 victimes civiles qui sont tombées dont 5 tués et 3 blessés graves, plus de 100 habitats qui ont été détruits par les ukrainiens, des milliers de foyers privés d'eau et d'électricité, et des milliers de familles à nouveau vivant dans la crainte de cette mort qui rôde à nouveau dans le ciel comme une épée de Damoclès.


La population civile du Donbass qui subit ces bombardements fait preuve depuis ces 4 années de martyr d'un courage exceptionnel ainsi que d'une capacité de résilience inouïe. La plupart ont le choix de partir chez des parents ou des amis vivants dans des zones éloignées du front, ou de chercher un nouveau logement avec l'aide des services sociaux de la République. Mais ces femmes et ces hommes restent par amour et résistance car ils savent que ces tirs délibérés des soudards ukrainiens cherchent à les déloger de leurs habitats pour mieux écraser ensuite leurs villes et leurs villages.

Mieux que de subir avec héroïsme les souffrances de cette guerre à caractère génocidaire les populations civiles du front, et je peux personnellement en témoigner vivant à 500 mètres de l'aéroport de Donetsk, font preuve d'une solidarité permanente vis à vis des voisins et particulièrement des enfants, des personnes âgées isolées, mais aussi des soldats qui sont souvent aidés jusque dans les travaux de renforcement du front où des volontaires viennent les pelles et pioches à la main leur prêter main forte.

Ainsi ces héros désarmés du Donbass s'accrochent à leurs appartement, maison, et jardin, organisant une vie souterraine dans les caves où les bougies éclairant le sourire des icônes veillent sur leur espérance.  
../...
Combien faudra-t-il encore de morts civils et militaires pour que l'opinion internationale ouvre enfin les yeux sur cette guerre abjecte et sournoise qui sévit au cœur de l'Europe se développe et menace la paix du Monde ? 

Car la première victime de cette guerre du Donbass reste la Vérité et il nous appartient à nous, les veilleurs et lanceurs d'alerte qui la semons dans les sillons virtuels du Monde et de tenter de la réanimer pour que la Paix puisse enfin triompher de la guerre...
 

Erwan Castel, volontaire breton au Donbass


Lire l'intégralité de l'article : Les civils encore et toujours ciblés




Dans cette crise ukrainienne l'Union Européenne a servi de miroir aux alouettes pour les ukrainiens et de cheval de Troie pour l'OTAN qui malgré l'échec de sa stratégie en Crimée et le freinage organisé par la rébellion du Donbass, continue étape par étape à organiser l'intégration de l'Ukraine dans l'alliance. Car pour Washington peu lui chaut de la population vivant sur les rives du Dniepr, seul compte la militarisation de son territoire, la normalisation et le contrôle de son armée de chair à canon que l'OTAN veut transformer en bélier contre la Russie.” Erwan Castel


Gorlovka au Nord, Maison bombardée à Zaitsevo, 1 mort 1 blessé
Photo: Erwan Castel



Situation sur le front du Donbass

par Erwan Castel, le 22 mai 2018


La semaine écoulée fut la pire semaine depuis le début de l'année 2018 en termes de bombardements, combats et victimes civiles sur ce front du Donbass que l'opinion publique dite "internationale" persiste à vouloir ignorer.



Plus de 7000 violations du cessez le feu, 6 morts (dont 4 à Gorlovka) et 11 blessés, de nombreuses pertes militaires principalement du coté des assaillants ukrainiens (au minimum 10 tués) sans compter les innombrables destructions occasionnées lors des bombardements (plus de 90 maisons détruites rien que sur Gorlovka)

Cette aggravation brutale de la guerre, qui depuis 4 ans couve dans cette région coincée entre l'Ukraine et la Russie, était prévisible suite à la mise en oeuvre de la "loi de réintégration du Donbass" votée en février à Kiev et qui prévoit de relancer une dynamique offensive sur le front du Donbass en remplaçant le format d'une "Opération spéciale Antiterroriste" enlisée dans les tranchées par une "Opération des forces conjointes".

Depuis le 9 mai des opérations ukrainiennes croissantes ont commencé sur le front de Gorlovka la deuxième ville de la République populaire de Donetsk et une pierre d'angle majeure du front entre Donetsk et Lugansk. 
En Russie on prend très au sérieux cette nouvelle escalade militaire dans le Donbass tant sur le plan militaire ou de nombreux experts accréditent l'hypothèse d'une prochaine offensive de Kiev avant la coupe du Monde de football (15 juin) que sur le plan politique ou les discussions d'urgence sont réalisées antre le Président Poutine et ses "partenaires occidentaux" des accords de Minsk où à la Douma par exemple où le député Yuri Afonin du bloc communiste  a déclaré que devant l'échec des négociations et la menace d'une offensive la Russie devarit reconnaitre les Républiques de Donetsk et Lugansk afin de protéger leurs citoyens   

Depuis le début de ce mois de mai, date du lancement de cette "opération des forces conjointes" l'armée ukrainienne a repris ses campagnes de bombardements et ses reconnaissances offensives. ces nouvelles pressions correspondent :
  1. soit à une première phase d'une offensive majeure destinée à capturer une ville secondaire, un carrefour stratégique, séparer les républiques ou isoler les forces Sud de la République de Donetsk,
  2. soit à poursuivre la stratégie "des petits sauts de crapaud" et faire reculer progressivement la ligne de front républicaine par des attaques mineures ne générant pas de réaction internationale,
  3. soit de déstabiliser définitivement le processus de paix engagé à Minsk et de forcer la communauté internationale à mettre en oeuvre une mission de l'ONU (casques bleus) par laquelle Kiev espère rejouer le scénario du Kosovo.



Personnellement je pense que
Kiev peut tenter de jouer ensemble ces trois options pour reprendre la main dans le dossier du Donbass et surtout consolider par un succès militaire et diplomatique un pouvoir de plus en plus contesté tant sur le plan national que international :





Ainsi on peut imaginer les "forces conjointes" de Kiev dans une première phase mener des pressions offensives mineures (les "sauts de crapaud") pour fixer les forces républicaines loin de leur axe offensif majeur prévu. Ces pressions offensives doivent être faites sur des zones de contact (obtenues suite au précédent grignotage de la zone neutre) proches de points névralgiques (villes, carrefour etc...) obligeant les républicains à renforcer leurs défense. C'est peut-être ce qui se passe en ce moment dans le secteur de Gorlovka où suite aux bombardements et attaques ukrainiennes des unités de réserve de la DNR ont été envoyées en renfort (comme le bataillon blindé "Somali" par exemple)




En effet Gorlovka, non seulement est la deuxième ville en importance de la République Populaire de Donetsk, économiquement un centre principal de production métallurgique et chimique, mais surtout la clef de voûte de la ligne de front entre Donetsk et Lugansk. Les républicains ne peuvent se permettre de voir tomber ce secteur qui supporte la continuité et la force cohésive des leurs armées. Même s'il y a peu de risque que Kiev s'aventure dans des combats urbains suicidaires au cœur de cette immense cité minière, les républicains ne peuvent laisser son armée grignoter sa périphérie dans laquelle circulent des axes logistiques vitaux comme Debalcevo (à l'Est de la ville), ce carrefour routier et ferroviaire majeur à la charnière des 2 républiques.  



Puis Kiev se lancerait dans un coup de force mesuré pas trop meurtrier pour ne pas provoquer une réaction militaire de Moscou car ses parrains occidentaux ne sont pas encore prêts pour une guerre directe avec une Russie dont ils veulent d'abord continuer l'asphyxie économique et la confrontation sur le théâtre levantin. Mais ce coup de force doit cependant "bouger les lignes" de la diplomatie internationale par une envenimation du front provoquant l'abandon définitif du processus de paix de Minsk 2. Pour ce faire il faudrait pour Kiev réussir à prendre une ville secondaire ou un carrefour stratégique pour relancer une dynamique au niveau de la communauté européenne lâchement accrochée à l'épave des accords de Minsk 2.

Enfin, par cet urgence de stabiliser à nouveau ce front qui menace l'Europe entière, les USA et Kiev tenteraient d'amorcer le scénario "casques bleus" en les déployant prioritairement dans la zone conquise par Kiev, ce qui permettrait de verrouiller  le gain de terrain et éviter un nouveau chaudron. Washington compte ensuite étendre une normalisation progressive et pro occidentale du Donbass, donnant à Kiev la possibilité d'y organiser sous couvert d'une pacification internationale un "nettoyage ethnique" du type de celui de la république serbe de la Krajina. Mais Moscou qui a flairé la perversité de la proposition occidentale, mais tout en acceptant le principe d'une mission de l'ONU, demande qu'aucun membre de l'OTAN y participe, espérant par là garantir la neutralité de cette force d'interposition.

Deux autres paramètres extra militaires sont à prendre en compte pour expliquer aussi cette aggravation croissante du front : 
  1. Le sabotage espéré par les occidentaux du Mondial de football 2018 (15 juin) en Russie pourrait trouver un prétexte dans une aggravation de la situation militaire dans le Donbass où la Russie serait accusée d'intervenir.
  2. Les élections présidentielles ukrainiennes 2019 (31 mars) pour lesquelles l'impopulaire Porochenko aurait besoin avant la course, de créditer sa candidature avec une victoire même partielle sur le front du Donbass 
On voit bien, dans ce scénario que confirment les propos de différents responsables ukrainiens comme par exemple ceux du Ministre ukrainien de l'intérieur Avakov, qu'il y a encore beaucoup d'inconnues et notamment celle de la capacité militaire des Républiques à contrer les opérations militaires ukrainiennes et étouffer dans l’œuf cette stratégie offensive indirecte de l'OTAN et surtout celle de la réaction russe qui ne peut se permettre de voir se réaliser une seule étape de ce processus de réintégration du Donbass qui provoquerait une militarisation atlantiste accélérée de cette région limitrophe et surtout une vive contestation de palais par une majorité qui refuse d'abandonner la population russe du Donbass.

Donc, soit l' "Opération des forces conjointes" va connaitre un enlisement comparable à celui de feu l' "Opération Spéciale Antiterroriste", soit la guerre éclate à nouveau parce que Kiev a décidé de jouer seul sa destinée ou que Washington qui perd en Syrie cherche à ouvrir un second front en Europe. 

La question est de savoir si des occidentaux sont prêts à mourir pour Donetsk et Lugansk. Pour ce qui est des russes ils ont déjà donné leur réponse depuis 4 ans avec les milliers de volontaires venus rejoindre les rangs des milices du Donbass. 

Erwan Castel





Source: Donbass!



lundi 21 mai 2018

Nicolas Maduro le Victorieux


Il était le favori à sa propre succession, Nicolas Maduro a été réélu président de la République bolivarienne du Venezuela avec 67,7% des voix. Fortement critiqué en Occident, le scrutin était également rejeté par une partie de l'opposition.
Le 20 mai 2018 se tenait l'élection présidentielle vénézuélienne. Réélu haut la main, Nicolas Maduro a remporté 67,7% des suffrages, se plaçant largement en tête devant son principal opposant, Henri Falcón, qui obtient quant à lui 21,2% des voix. Le scrutin s'est déroulé alors qu'une partie de l'opposition avait appelé au boycott. L'élection a de fait été marquée par un fort taux d'abstention – environ 52%, le plus important depuis 1958. Selon le décompte officiel, le président sortant a donc obtenu 5 823 728 suffrages sur 8 603 936 de votes.


Cette élection présidentielle est la preuve que le Venezuela est une démocratie qui fonctionne normalement, même si les médias occidentaux s'échinent à présenter ce pays comme un régime autoritaire. Il en ressort logiquement une image caricaturale de la révolution bolivarienne, bien éloignée de la réalité. Depuis l'arrivée d'Hugo Chavez au pouvoir, il y a eu près de 20 processus électoraux dans le pays.
Le problème du Venezuela n'est pas Nicolas Maduro. Le problème est que ce pays subit le joug d'une opposition putschiste et antidémocratique qui refuse systématiquement le suffrage populaire dès lors qu'il lui est défavorable. Le peuple vénézuélien mérite une opposition digne de ce nom car une opposition constructive et respectueuse de la volonté du peuple est nécessaire à la vie politique.
Nicolas Maduro dispose de la légitimité suprême que lui ont conférée ses concitoyens en l'élisant président de la République. Seuls Washington et ses alliés, dont l'Union européenne, s'opposent à la volonté du peuple vénézuélien et aux règles démocratiques. On peut exprimer un désaccord avec la politique menée par le gouvernement, mais en aucun cas lui nier sa légitimité démocratique.
On ne peut pas pointer du doigt le système électoral vénézuélien quand il est défavorable à l'opposition et l'applaudir quand cette même opposition obtient la majorité à l'Assemblée nationale ou remporte des municipalités ou des Etats.
Les sanctions internationales sont illégitimes et inefficaces. Depuis plus d'un demi-siècle, Washington impose des mesures de rétorsion économique iniques à Cuba qui affectent les catégories les plus vulnérables de la population et constituent le principal obstacle au développement du pays. Il en est de même pour le Venezuela. Il est regrettable que l'Union européenne, au lieu d'adopter une position indépendante et constructive vis-à-vis du Venezuela, s'aligne sur la politique étrangère des Etats-Unis. Si l'Union européenne est une puissance économique indéniable, elle reste un nain politique incapable de s'affranchir de l'influence étasunienne.
Les alliés de Washington s'alignent sur la politique de leur maître et considèrent que ces élections sont illégitimes. Les autres nations du continent respectent la décision souveraine du peuple vénézuélien et l'indépendance du pays en ne s'immisçant pas dans ses affaires internes.
Salim Lamrani


«Si l'empire ou les gouvernements d'extrême droite d'(Amérique latine) souhaitent un jour parler dans un contexte de paix et de respect, je suis toujours ouvert au dialogue ... Je m'adresse ici à l'empire : comprenez que le Venezuela est la garantie d'une stabilité sociale et politique dans la région [d'Amérique latine]. C'est un péché d'essayer de déstabiliser le Venezuela !»
Nicolas Maduro, Président de la République du Vénézuéla



Venezuela : Nicolas Maduro est réélu Président de la République avec 68 % des voix


Par  Thierry Deronne, le 21 mai 2018


Le vice-président bolivien Alvaro Garcia Linera l'avait annoncé il y a quelques jours : "Le peuple du Venezuela détient aujourd'hui, de nouveau, la clef de l'avenir de l'Amérique Latine. Exactement comme il y a deux siècles, comme à l'époque de Simon Bolivar, son rôle historique est de protéger notre continent face à un empire et d'empêcher celui-ci de balayer les autres foyers de résistance". Après quatre ans de guerre économique, la tâche était difficile, à l'image du peuple indigène d'Autana, dans l'État d'Amazonas, faisant la file sous la bruine pour traverser le fleuve Orénoque et rejoindre les bureaux de vote.

La campagne de la droite consistait, à travers le secteur privé majoritaire dans l'économie, à augmenter les prix au-delà de tout ce qu'on avait connu jusqu'ici et à promouvoir le boycott du scrutin, allant jusqu'à paralyser le transport dans la région de la capitale, le jour de l'élection. Une droite sous forte influence externe, en osmose avec les annonces anticipées de l'Union Européenne et de la Maison Blanche de refuser le verdict des urnes. Dans sa conférence de presse tenue peu avant l'annonce des résultats, le candidat le mieux placé de l'opposition Henri Falcon a soudain refusé de reconnaître la légitimité du scrutin et a exigé d'en organiser un autre, tout en critiquant les secteurs radicaux de la droite: "aujourd'hui il est clair que cet appel à l'abstention a fait perdre une occasion extraordinaire de mettre un terme à la tragédie que vit le Venezuela".

Avec 92.6% des votes comptés, le Centre National Électoral a donné les premiers résultats officiels, irréversibles. La participation totale s'élève à 46 %, soit 8 millions 360 mille votes. De ceux-ci, 5 millions 823 mille se sont portés sur le candidat Nicolas Maduro qui remporte la présidentielle avec près de 68 % des suffrages. De son côté, l'opposant Henry Falcón a obtenu 1.820.552 votes soit 21 %, l'évangéliste Javier Bertucci 925.042 votes (11 %) et Reinaldo Quijada, 34.614 votes. La Constitution vénézuélienne, dans son article 228 stipule : « sera proclamé vainqueur le candidat ou la candidate ayant obtenu la majorité des votes valides » : quel que soit le niveau de la participation, c'est la majorité simple qui détermine la victoire.

Force est de constater que le "noyau dur" du chavisme, qui a toujours oscillé entre 5 et 6 millions de votes, est resté intact et que l'abstention concerne essentiellement l'opposition. La pression de la guerre économique et des sanctions euro-américaines s'est heurtée à une fibre historique de résistance populaire et a même réveillé toute une organisation de base - notamment autour de la distribution et de la production d'aliments, en alliance concrète avec les mesures et les programme sociaux de Nicolas Maduro.

Liesse à Caracas le 20 mai 2018. Nicolas Maduro salue ses partisans rassemblés autour du palais présidentiel de Miraflores peu après l'annonce de sa victoire par le Centre National Électoral.
Après 26 jours de campagne officielle qui ont vu quatre candidats exposer des propositions antagoniques dans les médias, le Centre National Electoral cne.gob.ve avait installé 14.638 bureaux de vote sur l'ensemble du territoire. Étaient présents près de 2000 observateurs internationaux, venus notamment des nations caraïbes réunies au sein du CARICOM, de l'Union Africaine, et du CEELA, le Conseil des Experts Électoraux Latino-américains. 17 audits du système électoral avaient été organisés.

Composé en majorité de présidents des tribunaux nationaux électoraux de pays gouvernés par la droite, le Conseil des Experts Électoraux Latino-américains a expliqué par la voix de son président Nicanor Moscoso : "Nous avons eu des réunions avec chacun des candidats qui ont accepté les résultats des inspections et des contrôles. Nous sommes en présence d'un processus transparent, harmonieux." Luis Emilio Rondón, Recteur du Centre National Électoral et membre de l'opposition, avait estimé publiquement que le scrutin offrait les mêmes garanties de transparence que celles des élections de 2015, remportées par la droite avec deux millions de voix d'avance.

L'ex-président de l'Équateur Rafael Correa, présent lui aussi en tant qu'observateur, a rappelé que "les élections vénézuéliennes se sont déroulées avec une absolue normalité. J'ai assisté au vote dans quatre centres : flux permanent de citoyen, peu de temps d'attente pour effectuer le vote. Système très moderne avec double contrôle. De ce que j'ai vu, organisation impeccable. Personne ne peut mettre en doute les élections du Venezuela et sur la planète entière, il n'existe pas d'élections plus contrôlées qu'au Venezuela."

Autre observateur, l'ex-premier ministre espagnol José Luis Rodríguez Zapatero avait déclaré vendredi que la position des Etats-Unis et de l'Union Européenne de « désapprouver » les élections présidentielles au Venezuela avant qu'elles n'aient lieu était une « absurdité ». Il a reconnu éprouver « une certaine colère à cause de ce qui est en jeu. C'est très grave de dire à un pays : ces élections ne sont pas utiles, elles ne valent rien, avant qu'elles n'aient lieu. C'est une marque d'irresponsabilité envers un peuple et son avenir. Que des positions si importantes aient été prises avec si peu d'éléments de jugement me fait peur ».

Zapatero s'est interrogé sur les préjugés de l'Union Européenne envers le Venezuela : « Pourquoi a-t-elle agi ainsi avec le Venezuela ? Ce n'est pas raisonnable, ce n'est pas facile à expliquer. (..) Je crois que l'Union Européenne doit redevenir une puissance régionale qui donne la priorité au dialogue et à la paix. Je crois que l'Amérique Latine attend de l'Union Européenne qu'elle parie sur le dialogue ». Zapatero a pris comme exemple Cuba : « Après tout ce que nous avons entendu sur Cuba, maintenant, il y a un changement total de situation, il est très facile de discuter avec Cuba. L'attitude envers le Venezuela reste un grand mystère. Celui qui dit avant de l'avoir vécu que les conditions ne sont pas réunies pour des élections au Venezuela soit est un devin soit a des préjugés. Si le gouvernement bolivarien voulait frauder, il n'aurait pas invité le monde entier à observer les élections. Or, mise à part l'Organisation des Etats Américains (OEA), on a invité le monde entier à vivre le processus électoral. L'Union Européenne, l'ONU, n'ont pas d'experts pour vérifier un processus électoral ? Bien sûr qu'elles en ont, mais nous sommes enfermés dans un grand préjugé, dans des dogmes et cela conduit au fanatisme et au désastre. » Il a souligné, pour conclure, qu'il faut « venir sur le terrain. La vie et l'expérience politique consistent à bannir les préjugés et à connaître la vérité par soi-même. »
Thierry Deronne, Caracas, le 21 mai 2018


Source : Venezuela Infos

samedi 19 mai 2018

Israël ou la honte de l''Occident


Au moment même où des habitants de Gaza tombaient, tués par des tirs de snipers [sionistes], la fille de Donald Trump et son mari, Jared Kushner, accompagné par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, inauguraient l'ambassade américaine à Jérusalem. Douleur pour les uns et gloire pour les autres, le même jour et à seulement environ 80 kilomètres de distance.” Lluís Bassets


Manifestation de jeunes palestiniens: "Soldats, nous sommes des êtres humains"


Déjà en 1956 Arifal-Arif, journaliste anticolonialiste palestinien et maire de Jérusalem-Est, écrivait :

« Comment puis-je l'appeler autrement que Nakba ? Car nous avons subi une catastrophe, nous, les Arabes en général, et les Palestiniens en particulier (...) on nous a volé notre patrie et nous avons été expulsés de nos maisons, et nous avons perdu un grand nombre de nos enfants et de nos proches et en plus de tout cela, notre dignité a été touchée au cœur. »



Monstrueux. Effrayant. Diabolique. C'est étrange comment les mots manquent pour décrire ce qui se passe au Moyen-Orient aujourd'hui. Soixante Palestiniens morts. En une seule journée. Deux mille quatre cents blessés, dont plus de la moitié par des tirs à balle réelles. En une seule journée. C'est scandaleux, immoral, n'importe quelle armée du monde aurait honte d'avoir fait une chose pareille...
Et nous devons continuer à croire que l'armée israélienne est une armée dont les armes sont « pures » ? En tout cas, nous devons nous poser la question suivante : ils ont tué 60 Palestiniens en une journée cette semaine, et s'ils en tuaient 600 la semaine prochaine ? Ou 6 000 le mois prochain ? Les consternantes justifications d'Israël - et la réaction brutale de l'Amérique - soulèvent cette question. Si nous pouvons maintenant accepter sans broncher un massacre de cette ampleur, qu'est-ce que notre système immunitaire va nous permettre d'accepter dans les jours, les semaines et les mois à venir ? Robert Fisk



Le sionisme avait promis de résoudre le problème juif. Il prétendait de faire en sorte que les juifs de la Diaspora, par un «retour au pays» (l’alya), soient aimés, pleins d’empathie, attachés à la terre; bref, qu’ils deviennent « des gens semblables à tous les autres ».
Les scènes atroces qui ne cessent de nous parvenir aujourd’hui depuis Gaza nous montrent que le sionisme a lamentablement échoué. L’État juif est une flétrissure sur le projet humaniste dont il est issu, et sur l’humanité en généralGilad Atzmon


Gaza : Amira Hass dénonce la propagande mensongère de son pays

La journaliste israélienne Amira Hass, denonce dans Haaretz le "mépris" des Israéliens qui affirment que c'est le Hamas qui envoie les Gazaouis se faire tuer, "comme si le blocus qui leur est imposé par Israel ne les condamnait pas à une mort lente."


"Nous mourons de toutes façons, alors autant le faire devant des caméras", m'ont dit mes amis de Gaza, en ajoutant "Votre mépris vous empêche de comprendre que personne à Gaza ne manifeste au nom de qui que ce soit.

Soulignant amèrement qu'Israel interdit aux journalistes israéliens de se rendre dans la bande de Gaza, Amira Hass, en conclut qu'il est facile ensuite pour les dirigeants israéliens de raconter n'importe quoi. "Mais je demande à ces mêmes dirigeants, s'ils sont si sûrs que c'est le Hamas qui mène la danse et que les Gazaouis ne font que lui obéir, pourquoi obéissent-ils eux aussi au Hamas, en répondant par la violence à la non-violence, donnant ainsi d'israel l'image que le Hamas voulait, selon eux, montrer ?"

"Il y a une barrière intérieure, ainsi qu'une barrière de sécurité, de même qu'un fossé creusé par Israel pour la construction d'une nouvelle barrière souterraine. Et puis il y a une route de sécurité et plus loin une deuxième. Et après, il y a les champs. Et tout autour des postes de surveillance, des ballons d'observations et des drones. Et vous n'avez rien trouvé de mieux à faire que de prouver la capacité d'Israel à tuer et à mutiler".

"D'une colline voisine située à Nir Am, j'ai pu observer avec mes jumelles cette grande prison où j'ai vécu plusieurs années, et dont je ne peux plus m'approcher parce que l'emprisonnement est devenu total. je ne peux voir mes amis qui sont à moins de 2km de là. L'un d'eux m'a dit en riant sur WhatsApp qu'il allait venir me faire un coucou avec un grand drapeau palestinien."

Mais plus sérieusement mes amis me font part de leur indignation face au fait qu'on leur vole non seulement leur liberté de mouvement et leur droit à une vie digne, mais aussi la possibilité d'exprimer leur profonde frustration et désespoir, en les présentant comme des pantins uniquement capables d'obéir à des ordres donnés d'enhaut".

"Les Israéliens nous ont toujours méprisés. Pour eux 'un bon arabe est un arabe mort ou un collaborateur', comme Ils disent. Nous sommes allés manifester sans plan pour déranger les célébration du transfert de l'ambassade étatsunienne à Jérusalem, une ville qui nous est chère, et parce que nous ne voulons pas mourir en silence. Nous en avons assez de mourir tranquillement dans nos maisons".

"Et je peux vous dire que si le Hamas avait supervisé ces manifestations à Gaza, elles auraient été moins chaotiques. Il y aurait eu de la discipline. L'état de confusion qui règne dans les Marches du Retour sont bien la preuve que ce n'est pas le Hamas qui les organise, même si des membres du Hamas y participent également, et y jouent le plus souvent un rôle modérateur".

"Ce sont des jeunes qui ont lancé cette idée et le Hamas, n'a pu que s'y rallier". Et sur les près de 120 Palestiniens qui ont été tués durant ces marches, le Hamas ne revendique qu'une quarantaine ayant des liens plus ou moins proches avec le Hamas.

"Mais, c'est toujours la même rengaine israélienne, y compris lors de chacun des bombardements, conclut Amira Hass.

(Traduit par CAPJPO-EuroPalestine)
Extraits de "Conversations avec des Gazaouis" dans Haaretz.com

Source: europalestine.com



L'Honneur perdu de la France

"Une clique de politiciens tarés, d'affairistes sans honneur" 

Charles de Gaulle



La présidence syrienne a annoncé jeudi (le 5/04/2018) avoir rendu la Légion d'honneur attribuée par la France en 2001 au président Bachar el-Assad qui ne portera pas une décoration remise par "l'esclave" des Etats-Unis.
.../...
Washington, Paris et Londres ont effectué samedi à l'aube des frappes contre des sites présentés comme liés au programme d'armement chimique syrien en représailles à une attaque chimique présumée le 7 avril à Douma, qui était alors le dernier bastion rebelle dans la Ghouta orientale, près de Damas.
Le régime syrien dément toute implication dans l'attaque chimique présumée.
"Il n'est point d'honneur pour le président Assad de porter une décoration attribuée par un régime esclave (...) des Etats-Unis qui soutient les terroristes", indique encore la présidence.
Le président syrien avait été fait grand-croix (le plus haut grade) de la Légion d'honneur par le président Jacques Chirac en 2001, peu après avoir succédé à son père Hafez el-Assad à la tête du pays. AFP








Lettre ouverte de Jean-Yves Jezequel
A Monsieur le Ministre Jean-Yves Le Drian et à tous les autres complices des Gouvernements français, depuis Sarkozy jusqu’à Macron inclus !

Le citoyen Français Lambda, que je suis, voudrait s’arrêter un instant sur le bilan désastreux de la politique étrangère de la France menée depuis Sarkozy jusqu’à Macron inclus. En ce qui concerne la politique intérieure, elle a déjà produit un champ de ruines et chacun peut voir s’amonceler les décombres du pays sinistré, avec une dette délirante frisant les 2300 milliards d’euros, impossible à éponger, même avec n’importe quel régime « d’austérité » infligé par les flibustiers du capitalisme parasitaire financier!

Témoins de ce désastre politique exceptionnel qui n’en finit plus, que peuvent constater, en toute objectivité, les citoyens sidérés de ce pays, faisant preuve de clairvoyance et d’une conscience encore en alerte, concernant le spectacle minable et pitoyable de la politique étrangère de la France ?!

1 –  QUEL BILAN CONCERNANT LA POLITIQUE DE LA FRANCE EN LIBYE ?

Lors d’un entretien accordé à Mediapart, Rony Brauman est revenu sur l’intervention militaire de 2011 en Libye. Il évoquait très clairement les 3 affirmations qui ont permis, réellement, objectivement, de justifier l’entrée en guerre pour des raisons « humanitaires » : le bombardement de Tripoli ; la colonne de chars à l’assaut de Benghazi ; les charniers de Benghazi et Tripoli. Tout cela était parfaitement faux, mensonger, « fake news », manipulation du Pouvoir, crapulerie criminelle, comme vous le savez et rien de tout cela n’existait, mais a permis de gaver à loisir les cerveaux des occidentaux, maintenus dans une arriération mentale ou devenus débiles, notamment les Français, manipulés par le chef d’état-major BHL, dictant ses conseils de guerre à Sarkozy, pour justifier la destruction de la Libye et le martyre parfaitement arbitraire et odieux de Kadhafi et de son peuple!

Aujourd’hui, le spectacle délabré d’une Libye martyre, divisée, anéantie, ruinée, aux mains des terroristes djihadistes appuyés par l’Occident, s’offre à nous ! La France a été avec ses alliés occidentaux, la cheville ouvrière, les artisans appliqués, les auteurs authentiques de ce désastre sans nom!

Les Etats-Unis et la France, comme le prouvent les courriels de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, s’étaient mis d’accord pour bloquer le plan de Kadhafi qui voulait créer une monnaie africaine, alternative au dollar et au franc CFA imposé par la France à 14 ex colonies africaines. Kadhafi était impardonnable : il osait se comporter en libérateur des peuples africains du néo-colonialisme occidental, pilleur, voleur, tortionnaire et destructeur des pays du Sud! Pourtant, Monsieur Le Drian et Compagnie, n’hésitent pas à réciter, encore aujourd’hui, leur catéchisme exalté d’une France des « Droits de l’Homme »! Le Ministre Le Drian est absolument convaincu d’être dans la « vérité et la justice », puisqu’il poursuit cette même politique honteuse en Syrie.

Une fois l’Etat Libyen démoli et Kadhafi martyrisé puis odieusement assassiné, le butin à partager en Libye était énorme, à savoir : les réserves pétrolières (les plus grandes d’Afrique) ; celles de gaz naturel; l’immense nappe phréatique nubienne d’eau fossile, un or blanc plus précieux que l’or noir; le territoire même de la Libye, de première importance géostratégique; les fonds souverains, environ 150 milliards de dollars investis à l’étranger par l’Etat libyen, “gelés” en 2011 par mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, manipulé par les USA tout-puissants, imposant la pluie ou le beau temps sur les lois internationales…
Sur les 16 milliards d’euros de fonds libyens, bloqués à la « Euroclear Bank » en Belgique, 10 ont déjà disparu, sans aucune autorisation de prélèvement. Le même pillage a été opéré sur des avoirs libyens dans les autres banques européennes et étasuniennes. Ce banditisme de grand chemin est ouvertement pratiqué par les « amis et alliés de la France », les Etats-Unis d’Amérique. C’est un fait que nul ne peut contester, sauf s’il est résolument malhonnête.
En Libye les recettes fiscales de l’export énergétique, sont passées de 47 milliards de dollars en 2010 à 14 en 2017 ! Ces recettes se trouvent partagées aujourd’hui entre groupes de pouvoir et multinationales occidentales; le dinar, qui auparavant valait 3 dollars, est aujourd’hui changé à un taux de 9 dinars par dollar, tandis que les biens de consommation courante doivent être importés en les payant en dollars, avec une inflation annuelle consécutive de 30%. Cela aussi est un fait objectif que nul ne peut contester, sauf s’il est résolument malhonnête.

Le niveau de vie de la majeure partie de la population s’est écroulé, par manque d’argent et à cause de la désorganisation des services essentiels. Il n’existe plus de sécurité en Libye ni de réel système judiciaire. Quant aux immigrés africains, injustement et faussement accusés par les médias officiels occidentaux, d’être des “mercenaires de Kadhafi”, ils ont été emprisonnés par les milices de terroristes islamistes, soutenues et armées par la coalition occidentale, jusque dans des cages de zoo, torturés, brûlés vifs, violés et assassinés ou vendus comme esclaves enchaînés après un martyre innommable ! Tout cela grâce à l’Occident dont la France en tête avec son grand conseiller « philosophe » de pacotille, le criminel impénitent BHL justifiant ces horreurs par un discours « va-t-en guerre » se voulant « humanitaire »… Cela est aussi un fait incontestable et la réalité objective incontestable, dans l’actuelle Libye, sauf pour celui ou celle qui est résolument malhonnête.

De même, sont aussi persécutés les Libyens accusés d’avoir soutenu Kadhafi. Dans la ville de Tawergha les milices des terroristes islamistes de Misrata soutenues par l’Otan (celles qui ont martyrisé et assassiné Kadhafi) ont pratiqué un génocide, une véritable purification ethnique, en exterminant, torturant et violant ces populations libyennes. A la suite de ces horreurs, devenues possibles grâce aux Occidentaux dont la France en tête, les survivants, terrorisés, ont dû abandonner la ville pour se fondre dans une population livrée à la tyrannie. Aujourd’hui ils sont environ 40 000 à vivre dans des conditions inhumaines, ne pouvant pas retourner à Tawergha. Tout cela relève des faits incontestables et qui mettent en accusation, pour « crimes contre l’humanité », les responsables occidentaux dont ceux de la France de Sarkozy et suivants qui continuent de bêler en chœur ce discours injurieux pour la conscience humaine et d’une insanité mentale ayant dépassée toute limite supportable !

Conclusion : Monsieur Le Drian et Cie, dans quelle catégorie de personnes faut-il vous classer ? Dans les innocents, naïfs, débiles débonnaires croyant de « bonne foi » à la fable d’un loup déguisé en brebis, ou dans les pervers et les salauds parfaitement informés et pratiquant le crime contre l’humanité pour des « raisons d’Etat » supérieures à tous les « Droits de l’Homme » et justifié par les intérêts sine qua non de l’économisme marchand?

A vous de choisir !

2 – QUEL BILAN CONCERNANT LA POLITIQUE DE LA FRANCE AU YÉMEN ?

En consultant le rapport parlementaire de 2017 sur les exportations d’armement de la France, on découvre que l’Arabie Saoudite était entre 2007 et 2016 le « second client des fabricants d’armes français ». Les armes vendues par Paris à l’Arabie Saoudite et aux Émirats arabes unis, servant aux campagnes de bombardements au Yémen, étaient utilisées en réalité contre les populations civiles démunies de ce pays.

Or, la vente de ces armes violent le Traité sur le Commerce des Armes (TCA) et la réglementation européenne en la matière (position commune européenne de 2008). Ces deux textes interdisent les transferts de matériel militaire dans plusieurs cas : notamment quand il existe des risques de violations graves du droit international humanitaire, ou des risques de déstabilisation régionale.  C’est parfaitement le cas.

Pour contourner la loi, les motifs donnés par un Etat Français ordurier sont simples : soit le « respect des droits de l’homme », « la stabilité régionale » ou la nécessité de soutenir la « lutte contre le terrorisme » ! Bref, le discours bidon classique d’un Pouvoir crapuleux qui n’a que faire d’un idéal républicain depuis longtemps rangé au musée de l’histoire et encore moins de la volonté du peuple Français depuis longtemps trahi et pouvant aller au marcher de la Bastille s’acheter des quenelles…

L’important c’est le négoce ! Or, la vente de l’armement est rentable, permettant à la France de satisfaire l’équilibre de la balance des paiements et les contrebandiers de la Finance internationale qui réclame des sacrifices sanglants pour apaiser sa colère et son avidité insatiable.

Personne n’a jamais entendu une protestation de la part de celle qu’on nomme régulièrement « la communauté internationale », c’est-à-dire l’Etat profond nord- américain, l’UE ou les pays de la « coalition de Doha », lorsqu’il s’agit des bombardements saoudiens au Yémen, pour les condamner fermement en menaçant d’intervenir pour mettre fin à ce massacre abominable ayant très largement dépassé toutes les « lignes rouge » du tolérable, l’Arabie Saoudite ayant déjà utilisé les armes au phosphore blanc contre la population civile démunie. Mais le Yémen n’est pas un pays « aligné » et soumis à la prédominance occidentale. Il est même un allié de l’Iran. De ce fait, on peut le martyriser sans scrupule… D’après l’Unicef, un enfant meurt toutes les dix minutes au Yémen, de faim, de soif, du choléra, mais aussi sous les bombes de la coalition conduite depuis 2015 par l’Arabie Saoudite. Onze millions de petits Yéménites ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence. Mais peu importe !
C’est le silence absolu, un silence de mort ; aucun cri de colère, ni de protestation, ni de menaces de la part de Nikki Haley, habituée pourtant à ses crises d’hystérie dans l’enceinte de l’ONU. Le silence est total du côté de Theresa May comme du côté de son complice Macron, concernant le Yémen, saigné de manière honteuse avec l’armement français et brutalement martyrisé sans la moindre levée de bouclier de la part des médias occidentaux étrangement sourds, aveugles et muets sur ce scandale, véritable abomination de crimes contre l’humanité!De plus, ce sont les corvettes de fabrication française qui assurent un cruel blocus du Yémen, affamant la population qui crève de faim et des multiples conséquences de la famine. Lorsque ces navires ont été en maintenance, en mars 2016, ce sont des bâtiments de la marine de guerre française qui ont directement, selon la Lettre de l’Océan indien, assuré la continuité de ce blocus criminel participant directement au massacre des enfants Yéménites en toute impunité. Les lois internationales sont foulées par la France et ses complices dans le crime. Pourquoi les militaires ne font-ils pas preuve de désobéissance civique, lorsque l’Etat mafieux leur demande de commettre ces crimes contre l’humanité? Qu’attendent-ils pour faire respecter scrupuleusement la Constitution française lorsque des ordures au pouvoir se permettent de la violer à ce point? Ce sont là des faits incontestables et la réalité objective incontestable, concernant le Yémen, sauf pour celui ou celle qui est résolument malhonnête!

Conclusion :Monsieur Le Drian et Cie, dans quelle catégorie de personnes faut-il vous classer ? Dans les innocents, naïfs, débiles débonnaires croyant de « bonne foi » à la fable du loup déguisé en brebis, ou dans les pervers et les salauds parfaitement informés et pratiquant le crime contre l’humanité pour des « raisons d’Etat » supérieures à tous les « Droits de l’Homme » et justifié par les intérêts sine qua non de l’économisme marchand?

A vous de choisir !

3 – QUEL BILAN CONCERNANT LA POLITIQUE DE LA FRANCE EN SYRIE ?
Tout allait sérieusement commencer en Syrie par la tentative de déstabilisation via la technique du « printemps arabe », en 2011.

Mais face à l’échec de cette tentative, l’Occident développerait et étendrait la guerre par proxy : des mercenaires « djihadistes » allaient opérer en Syrie au nom d’une coalition occidentale dont la charte serait écrite à Doha, le 11 novembre 2012. Pour consulter l’acte de naissance détaillé de cette création occidentale de Daech, on pourra consulter les sources abondantes et la description précise de la création de ISIS, EIIL, DAECH dans l’ouvrage de l’auteur (Cf., « Le djihad et le management de la terreur », Jean-Yves Jézéquel, Vérone éditions, 2017, pages 211 à 224 et 244 à 261)
Pour consulter le détail du contenu de la Charte de la « coalition de Doha », on pourra consulter les livres de Jean-Loup Izambert, « 56 – Tome 1 et 2: L’État français complice de groupes criminels, septembre 2015.

Puis, l’Etat légitime de la République laïque de Syrie, face à l’invasion des hordes de terroristes djihadistes aux ordres de la « coalition de Doha » et armées, ravitaillées, payées, encadrées, appuyées par elle, a fait appel à la Russie, à l’Iran et au Hezbollah libanais pour venir à son aide.

Dès l’intervention des alliés de la Syrie, en particulier celle de la Russie, les mercenaires employés de la « coalition de Doha » ont rapidement été défaits et la guerre par proxy a changé de nature. Face à l’échec et à la destruction rapide de DAECH, La « coalition de Doha » allait s’engager directement elle-même en Syrie, en ouvrant plusieurs fronts et en installant plusieurs guerres sur le sol syrien : Les Turcs se battraient contre les Kurdes dans le Nord-Est de la Syrie favorisant ainsi la partition de la Syrie; les Israéliens se battraient contre les Iraniens présents en Syrie et contre le Hezbollah libanais, son ennemi héréditaire; les USA, l’Angleterre et la France bombarderaient sans mandat de l’ONU et de loin, Bachar El-Assad accusé arbitrairement et ponctuellement d’utiliser des armes de destruction massive « chimiques », pour reprendre le schéma ayant si bien fonctionné en Irak et en Libye notamment; quant à ce qui reste des terroristes de DAECH, ils seraient recyclés par les pays membres de la « coalition de Doha » pour servir dans leurs armées combattant à la fois les Kurdes marxistes et l’armée Syrienne faite de conscrits.

Maintenant nous en sommes là : la Russie est fortement présente aux côtés de l’Etat légitime syrien à sa demande. Ce qui va fatalement devenir l’étape suivante, sera une confrontation directe de la « coalition de Doha » avec la Russie et ses alliés : l’armée syrienne, les troupes d’élites iraniennes, celles du Hezbollah, la Chine présente en Méditerranée… Autrement dit : l’échelon suivant a déjà été annoncé par les USA qui ont décidé d’utiliser les armes nucléaires adaptées à la guerre conventionnelle! Si ce degré est franchi, nous sommes à la veille d’une troisième guerre mondiale qui obligera les Russes à utiliser leur potentiel nucléaire de dissuasion et donc d’apocalypse.

Nous reviendrons dans un autre article sur le sujet spécifique des « attaques chimiques » en Syrie.

Disons, pour le moment, que les « attaques chimiques » existantes ou inexistantes, comme dernièrement celle de Douma, n’ont qu’un seul but : celui d’être une provocation mise en scène pour un objectif cynique et parfaitement criminel consistant à abattre arbitrairement Bachar El Assad, de la même manière que la coalition occidentale l’avait fait avec Saddam Hussein et Kadhafi…

Toute la mesure de la détestable pratique de l’Occident concernant les nations insoumises, apparaît dans ce rapport étasunien qui dit : « Nous voulons maintenir la pression sur la Russie, même si cette pression ne parvient pas à convaincre Moscou de lâcher le régime syrien comme nous l’espérions ». Sur ce plan, « nous devons continuer – ce que nous faisons déjà – à savoir, dénoncer l’horrible situation humanitaire ainsi que la complicité russe dans la campagne de bombardements de cibles innocentes civiles ». Il est choquant d’entendre cet aveu et de constater à quel point le mensonge est délibéré, pensé, conçu dans des officines spécialisées qui consacrent leur énergie à concevoir le Mal pour le Mal !

Monsieur Le Drian et Cie, après avoir entendu tout cela, allez-vous encore continuer à radoter que la France est en Syrie pour « combattre le terrorisme » et pour châtier le « Gouvernement syrien qui utilise les armes chimiques contre son peuple » ?
Plus personne en France ne peut vous écouter ni vous prendre au sérieux, parce que vous n’êtes pas honnêtes et les Français ont horreur qu’on les prenne pour des idiots !
Jean-Yves Jezequel


jeudi 17 mai 2018

L'esprit de mai 68 (3)


Le cinquantenaire de Mai 68 :


Le mouvement de 1968 repose sur une révolte spontanée qui permet d'ouvrir l'imagination et l'utopie. Toutes les formes d'autorité et de contraintes sociales sont remises en cause.Mai 68 apparaît surtout comme une révolte étudiante. Mais c’est avant tout uneimportante grève sauvage. Les témoignages sur le mouvement de 1968 sont nombreux. Mais ils se contentent de ressasser la parole des militants gauchistes. Il existe égalementune dimension libertaire qui insiste sur la créativité et la spontanéité de la révolte.Sylvain Quissol



Cinquante printemps passés où son « souvenir » a été enjeu de réécritures, d’analyses, mais aussi d’histoire comme de source d’inspiration pour des générations entières. Surtout si on l’élargit aux années qui suivirent l’événement, ouvrant dix ans durant un cycle de contestation inégalé depuis. Nombreuses sont les résistances les plus contemporaines à avoir un rapport à 68. Bien des courants et des organisations en sont, plus ou moins directement, les héritières aujourd’hui.
Il est malheureusement un courant politique qui est globalement mis sur la touche dans ce travail d’histoire et de mémoire : celui des libertaires.

Bien sûr, on parle souvent des aspects libertaires de 68, des drapeaux noirs se mêlant aux rouges dans les manifestations des mois de mai et juin. On note que cette « brise libertaire » déteint sur d’autres, participant du « climat » ou de la « période » : c’est la Ligue communiste dénonçant la « farce électorale » en 1969, la Gauche prolétarienne s’essayant à un improbable anarcho-maoïsme ou encore, dans une certaine mesure, la CFDT faisant sienne le thème de l’autogestion.

Mais très rarement ou bien sommairement sont évoqués les stratégies, les discours et les pratiques qu’ont pu déployer les libertaires, exception faite peut-être du mouvement du 22 Mars et de ses « figures » libertaires, au premier rang desquelles celle de Daniel Cohn-Bendit, tellement « iconisée » qu’elle ne représente au final qu’elle-même. Et pourtant des militant.es libertaires en 68, il y en eut.

Théo Roumier, syndicaliste et libertaire 



« Nous envoyons valdinguer un peu plus toute organisation, fût-elle des nôtres, au nom de la spontanéité de la base. Ce sera cela, la révolution de mai […] Denfert, 18 h 30 […] Les toits sont noirs de monde […] Le lion, son grand corps vert taché de rouge est avec nous […] Les surréalistes sont là, ça fait diablement plaisir. Pour la première fois, je pense à Breton dans tout ça. Je commence à entrevoir que ç’aurait été là SA révolution. Il est un peu amer de l’imaginer la crinière blanche […]  marchant parmi nous, avec nous, et de ne pouvoir que l’imaginer […] Le Quartier est à nous […] Et tout se fait sans qu’on sache bien comment, sans qu’on cherche à savoir. Une barricade ça sort de terre plus vite que le blé. Il suffit de semer l’espoir ». 
Pierre Peuchmaurd, poète surréaliste




« Tout est politique », disait un slogan de 68. Oui, nous sommes légitimes à nous emparer du politique, à parler de la cité, du commun, de ce qu’on nomme aujourd’hui le vivre-ensemble. Cette vision passionnante du politique est un héritage de 68.Ludovine Bautigny, historienne



D’ici, de ce pays où nous respirions mal un air chaque jour plus raréfié, où nous nous sentions chaque jour plus étrangers, ne pouvait nous venir que cette usure qui nous bouffait, à force de vide, à force d’imposture. Faute de mieux, nous nous payions de mots, l’aventure était littéraire, l’engagement platonique. La révolution demain, la révolution possible, combien d’entre nous y croyaient encore ?” 
Pierre Peuchmaurd, in “Plus vivants que jamais
Journal des barricades”, éd. Libertalia, 2018






La légende noire 68 (extrait)

par Marco Bascetta


La déréglementation néolibérale, considérée de manière absurde, du moins sur le plan anthropologique, comme une conséquence de l’individualisme libertaire de la fin des années 1960, n’avait en fait aucun contenu libertaire. En fait, elle s’est accompagnée d’une surréglementation de la vie quotidienne, d’une prolifération sans fin de la censure, des interdictions et des droits de propriété, motivée par le désir de mettre fin aux revendications d’autodétermination des subjectivités politiques apparues au cours de ces années-là et de ramener tout exercice de la liberté à la dimension privée des échanges mercantiles. Il ne serait pas non plus utile de gaspiller trop de mots pour expliquer comment toutes les politiques menées sous la bannière de la « tolérance zéro » et de la sécurité n’étaient pas simplement qu’une croisade draconienne contre la criminalité ou les soi-disant « classes dangereuses », mais une criminalisation de toute déviance et de tout conflit que la décennie des mouvements avait valorisé. Pour conclure cette reconnaissance provisoire des politiques et idéologies qui continuent de faire du règlement de comptes avec 68, une bonne part de leur raison d’être, on ne peut certainement pas négliger la redécouverte des « valeurs traditionnelles », en l’occurrence le conformisme xénophobe et identitaire qui renverse en son contraire cette découverte de l’Autre qui, dans les années 60 et 70, avait représenté un principe critique à l’égard de l’autocélébration par l’Occident de ses politiques de prédation masquées en progrès.

La persistance du spectre de 68 est l’un des différents indicateurs qui révèlent le mieux la nature du capitalisme contemporain. Le néolibéralisme, en effet, contrairement à son ancêtre libéral, se manifeste sous forme de contre-révolution. La caractéristique d’une contre-révolution n’est pas tant la restauration des conditions qui ont précédé l’insurrection révolutionnaire (indépendamment de son degré de radicalité ou de réussite) que la neutralisation ou le contrôle des possibles facteurs de changement, dans un processus articulé de délégitimation des subjectivités rebelles. Une contre-révolution, en d’autres termes, ne restaure pas une assise, mais un cours de l’histoire considéré comme altéré et dévié par la recherche illusoire d’une alternative. Et elle impute à cette recherche des effets grotesques ou désastreux. C’est donc la faculté même de rechercher qu’elle entend abroger. Ce n’est pas un hasard si une absurdité comme  » Il n’ y a pas d’alternative  » soit devenue la bande sonore préférée de l’establishment.
Soyons clair, la contre-révolution néolibérale s’est trouvée confrontée à une histoire beaucoup plus longue et plus puissante que la saison à cheval entre les années 60 et 70, qui représentait pourtant le dernier moment où un parcours différent (différent aussi du socialisme d’avant-guerre et de ses avatars) a été expérimenté de façon spasmodique.
C’est pourquoi la « soixantehuitophobie » occupe une place si importante dans le discours public et influence encore, un demi-siècle plus tard, les réformes politiques visant à garantir l’ordre du marché et l’autorité de l’État qui l’encadre. Bref, on peut penser tout ce que l’on veut de 1968, se permettre de célébrer ses vertus modernisatrices ou stigmatiser ses illusions destructrices, à condition de ne pas perdre de vue les effets de cette diabolisation implicite qui sous-tend sa célébration même.

Toute politique d' »ordre public » a un besoin absolu d’un temps de chaos avec lequel se mesurer, de la mémoire d’un monde agité et menaçant qui fait ressortir la pacification qu’elle promet en surmontant les désagréments que celle-ci comporte. Cette tâche est échue à la saison des mouvements. Le « livre noir » de de 68 nous révèle ce que les pouvoirs établis détestent et craignent aujourd’hui. C’est pourquoi il vaut la peine de faire l’effort de le feuilleter entre deux décennaires.
traduit par  Fausto Giudice




La leçon utopique de Mai-68, c’est que les comités d’action, les comités de base, le double pouvoir au niveau syndical, la révocabilité permanente des responsables, la libre circulation des idées et la lutte contre toutes les formes de la hiérarchie – patronale ou bureaucratique – feront plus pour l’émancipation des travailleurs que tous les catéchismes pseudo-révolutionnaires.

Alain Joubert, in “Sous les pavés, l'utopie





Les contempteurs de 68 insistent évidemment sur le clivage entre étudiants et ouvriers, le rejet des premiers par les seconds. Au moment des événements, les pouvoirs publics craignaient par-dessus tout la convergence entre le mouvement étudiant et la grève ouvrière, très difficile à maîtriser. Mais cette vision d’un clivage est caricaturale. Certes, le 17 mai, les grilles de Renault Billancourt se sont fermées devant un cortège de trois mille étudiants partis du Quartier latin.

L’épisode a été maintes fois raconté, en oubliant toutefois de rappeler les tensions au sein même de la CGT, dont les militants n’étaient pas tous d’accord, en oubliant que des étudiants de l’Ecole normale supérieure entretenaient des contacts dans l’usine et s’y trouvaient déjà. Et surtout en oubliant toutes les discussions nouées partout en France, les barricades construites ensemble, les étudiants présents sur les piquets de grève, les ouvriers présents dans les universités occupées. En somme, l’arbre de Billancourt ne doit pas cacher la forêt d’initiatives, de réunions et de solidarités entre étudiants et travailleurs.Ludovine Bautigny






« Il ne s’agit pas toujours, et même très rarement, de penser les moyens de prendre le pouvoir d’État ; il ne s’agit pas seulement d’avancer des revendications catégorielles ou de réclamer des augmentations de salaires ; il s’agit d’interrompre un fonctionnement social fondé sur la division sociale du travail : la division verticale qui produit hiérarchies et domination, et la division horizontale qui cloisonne et sépare les mondes sociaux. Redéfinir une société en somme, hic et nunc, par la parole et dans les pratiques mêmes »

Pierre Gobille, in “Le Mai 68






Plus vivants que jamais”


Par Franz Himmelbauer


J’ai lu déjà pas mal de bouquins sur Mai 68, particulièrement à l’occasion de la commémoration du quarantième anniversaire, en 2008. Un an auparavant, Sarkozy, en campagne électorale, avait prétendu vouloir en « liquider l’héritage »… Cela m’avait motivé, comme d’autres, je crois, pour me replonger dans cette histoire que je n’avais personnellement vécu que de loin – je n’avais que onze ans à l’époque, et la révolution s’était limitée pour mes copains et moi, dans notre quartier, à un mois de temps libre employé avant tout à perfectionner notre technique au ping-pong. Il y a dix ans, j’avais été marqué par la lecture de Kristin Ross, Mai 68 et ses vies ultérieures, dont j’ai parlé ici-même il y a peu. Ma découverte du cinquantenaire, c’est Pierre Peuchmaurd. « Plus vivants que jamais, nous prévient l’éditeur, a été initialement publié en novembre 1968 […] Nous avons pris connaissance de ce texte fort en lisant Maintenant (La Fabrique, 2017). » Comme quoi les bonnes lectures en entraînent d’autres. Et celle-là en vaut la peine. Né en juillet 1948, Pierre Peuchmaurd avait vingt ans en mai. Dans sa préface empreinte d’émotion, Joël Gayraud rappelle qu’il avait grandi « dans une maison pleine de livres ». Il découvrit très vite sa vocation : « J’ai écrit mon premier poème à treize ans, et non pas sur la route : dans mon lit, un matin. Ce fut un véritable ébranlement physique, comparable seulement à celui du premier coup de foudre amoureux. » Probablement en vécut-il d’autres entre-temps, mais à la lecture de Plus vivants que jamais, on peut sans risque affirmer que Mai ne fut pas le moindre… Au point qu’il est bien difficile de rendre compte de cette lecture. À propos d’une des nombreuses manifs de Mai, et des échanges entre camarades, Peuchmaurd écrit : « Ce qu’on disait, c’est trop bête de l’écrire. Ça ne vit que sur les lèvres. » Mais il réussit tout de même à faire passer le souffle de ces journées – de ces nuits : il s’échappe de ces pages un âcre parfum de lacrymos… ce texte est une sorte de « journal des barricades » qu’on aimerait citer de bout en bout, tant il nous fait éprouver physiquement le plaisir intense procuré par l’émeute, par « l’ouverture des possibles », comme disait Sartre. Un exemple parmi beaucoup d’autres : « Mardi 21. Paris-sur Grève. Une ville paralysée et plus vivante que jamais. Parce que ce qui est paralysé est ce qui, en temps ordinaire, paralyse. Le métro étouffe, il n’y a plus de métro ; l’université façonne, il n’y a plus d’université ; l’usine broie, il n’y a plus d’usines ; nombre de bureaux retournent à leur poussière. Paris respire et n’en croit pas ses bronches. Jusqu’au pas des gens qui est différent, on dirait plus léger. En même temps qu’à parler, ils réapprennent à marcher. On repart à zéro. Cette fois, en sortira-t-il des hommes ? À quelques sales gueules près, et pas seulement les casquées, ils ont l’air plus heureux aussi. Quelque chose d’enfantin, quelque chose de nouveau. Fin de l’hibernation. »

Mais… avec un s, cette fois, « Mai 68 n’a pas eu lieu », ont dit plus tard Deleuze et Guattari. Certes pas contre Mai 68. Mais parce que la société française, après avoir respiré un grand coup (« Du possible, sinon j’étouffe », c’était ça, Mai 68, selon eux), est retournée à son apnée. Et bien sûr, ce n’est pas la faute des manifestants de mai. Cependant, le jeune homme qu’était Pierre Peuchmaurd (à la fin de son livre, après mai, il dit : « Nous avons vingt ans de plus, nous sommes plus jeunes que jamais. »), ce jeune homme donc se montre plus lucide que les politiciens rassis : « Samedi 25. On a peine à y croire. Même nous. Oui, même nous. L’aube, ce 25 mai, est fasciste.

« C’est encore une victoire, pourtant, mais qui nous a brisés. Une victoire politique, d’abord. Les ouvriers se sont battus. Une victoire sur le terrain aussi. Jusqu’au repli sur le Quartier, du moins. Il n’est pas vrai que nous ayons été manipulés, désorganisés par la police comme le prétend la presse. Cela sera vrai le 11 juin, mais hier non. C’est même exactement le contraire : les flics, débordés de toutes parts, perdant des tronçons entiers de la manif et ne sachant plus où donner du talkie-walkie. Une nouvelle forme de combat de rue a été inaugurée : le harcèlement des cordons de flics par de petits groupes – cent à deux cents types. La guérilla urbaine.

« Victoire morale aussi. Ça bien sûr, ça toujours.

« Alors pourquoi est-ce une défaite ? Parce que nous n’avons pas pris Paris ? Tout bêtement, oui. Paris, ce soir, était à prendre. Et nous ne l’avons pas fait. Paris était à prendre, dans les ministères on faisait ses valises, le pouvoir n’avait plus que ses flics, il en aurait fallu davantage pour nous arrêter. Nos erreurs, cette nuit là, furent politiques. Nous étions là, tous, pour faire une aube socialiste. C’est raté, joyeusement raté. Là est peut-être le vrai tournant de mai. Erreurs tactiques que celles qui nous ont paralysés avant de nous conduire au massacre. Mais issues d’erreurs politiques : celle, surtout, de retourner au Quartier, de nous y regrouper comme des cons, comme des phalènes. Il fallait nous morceler, investir la ville. C’était possible, bon Dieu, c’était possible. Mais voilà, il paraît que le Quartier est notre “base rouge”. Rouge sang, oui.

« L’autre erreur est de ne pas avoir su nous libérer à temps du mythe de la barricade. Une barricade ne tient pas devant les grenades, Gay-Lussac aurait dû nous l’apprendre. Il fallait, dès cette nuit, généraliser la guérilla, multiplier les offensives et, très tôt, nous n’avons plus mené qu’un combat défensif. »

C’est à pleurer… Mais bon, il vaut peut-être mieux se souvenir d’autres scènes, comme celle-ci :

« Lundi 27. La grève continue, entre dans sa deuxième phase : la résistance. Ce dont M. Séguy fait l’amère expérience quand les gars de chez Renault l’envoient paître, le pauvre, lui qui venait pourtant les amuser avec de si jolis hochets. Mais les pièges à cons ne prennent que les cons. Serait-ce que le secrétaire général de la CGT considère comme telle la classe ouvrière ? Toujours est-il qu’elle le lui rend bien et qu’il s’est vendu pour rien rue de Grenelle. Et puis voilà que c’est partout pareil, que personne n’en veut de ses amuse-gueule. Et lui, du coup, si fier pourtant l’instant d’avant, obligé de démentir qu’il n’a rien signé. Marrant comme tout. »

Ou celle-là :

« Mardi 28. […] Sur le soir, Cohn-Bendit se ramène [il avait été interdit de séjour en France le 21 mai, alors qu’il se trouvait à Francfort]. Couillonnées, toutes les polices de France. On n’a jamais tant ri. C’est ce qu’il y a de bien, avec Daniel, on se marre toujours.

« Nous apprenons la chose rue d’Ulm, à une réunion du 22 mars. Presque aussitôt est prise la décision d’annoncer, pour le lendemain au Grand Amphi, une conférence de presse de notre petit copain. Et puis, bernique, il n’y sera pas. On mettra trois types à la place. Rien contre Daniel dans tout ça. Simplement lui éviter les pièges du vedettariat. Nous n’avons ni chef ni tête d’affiches. La Sorbonne n’est pas un music-hall. Avis aux plumitifs à la une. »

Bref, les ouvriers de Renault ont repris le travail, comme tous les autres, tandis que Cohn-Bendit s’est découvert une vocation pour le music-hall.

« Bon. Et nous dans tout ça ? Nous les paumés d’avant mai. Eh bien, précisément nous nous sommes retrouvés. Retrouvés entre nous d’abord, et c’était important. Retrouvés en nous, ce qui l’est plus encore. Que plus rien ne soit comme avant, c’est con de dire des choses comme ça, mais c’est vrai. Et l’on n’imagine pas à quelle profondeur cela va. Et nous ne le voulons plus. Quelque chose est passé qui s’appelle, stupidement, l’espoir ou, peut-être, la certitude, et qui fait que nous sommes autres. »

Franz Himmelbauer